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Vendredi 14 Mai à 00h12
Un Jour, Un Réalisateur : Ridley Scott

Ridley Scott
Né le 30 Novembre 1937 à South Shields, Angleterre, Ridley Scott est issu du milieu publicitaire. Connu mondialement pour ses films à l’image léchée, il a derrière lui une carrière longue d’une vingtaine de longs métrages, où se distinguent deux amours : la S.-F. bien entendu, et le film de costumes à caution historique. Il a signé quatre films films qui ont eu une influence majeure sur leur époque, à savoir Alien, le huitième passager, Blade Runner, Gladiator et La Chute du Faucon Noire.
Sa carrière a pourtant connu une longue traversée du désert, débutée avec l’échec de Blade Runner au box office, puis le four de 1492 : Christophe Colomb qui n’a pas convaincu le public américain, accompagné d’une série de films à l’intérêt discutable (de Traquée à Lames de fond en passant par A Armes Egales) qui feront de lui un réalisateur has been. C’est l’émergence du studio Dreamworks et leur volonté de produire des réalisateurs de renom (Michael Mann, John Woo, Sam Mendes, Clint Eastwood entre autres) qui vont lui permettre de renaitre tel le phœnix, avec Gladiator en 2000, film qui le fait sortir de l’anonymat et prouve qu’il reste un réalisateur adepte de lyrisme et de belles images.
Depuis, il navigue entre productions sérieuses (Kingdom of Heaven, American Gangster) et films récréations (Une Grande Année, Les Associés).

L’œuvre de Ridley Scott est parcourue par une thématique très présente, qui charpente toute sa filmographie. On retrouve souvent la figure de père : il atteint parfois la dimension de Dieu le Père (Tel Tyrell, concepteur des androïdes de Blade Runner qui perd la vie de la main de son enfant ; Ou voir la relation conflictuelle Commode/Marc Aurèle) mais prend souvent une dimension de protecteur ou de professeur (Hannibal par rapport à Clarice Sterling, Marc-Aurèle qui agit comme un père par rapport à Maximus, Godefroid par rapport à Balian). Cette quête du père, que l’on retrouve, que l’on perd, que l’on tue, place le héros devant sa conscience et son héritage. Par extension, le devoir familial pèse sur les héros de Scott qui doivent composer avec ce rôle dont ils ne veulent pas.
Le réalisateur anglais met également en avant la qualité de ceux qui obtiennent leur rang par leurs actes, chose que l’on retrouvait même dans le ridicule A Armes Egales avec Demi Moore.
Surtout, les personnages de Scott mènent une quête d’eux même, pour eux même. Ripley cherche à s’affirmer pour finalement devenir une femme forte ; Deckard doute de sa nature (et le spectateur avec lui) ; Christophe Colomb veut enfin réussir son rêve, son obsession profonde ; Nick, le héros de Black Rain, se cherche une conscience ; Thelma et Louise recherchent la liberté, la sortie de leurs vies tranquilles pour braver les interdits ; Balian se cherche avant tout une place dans cette vie après avoir perdu sa femme, la raison de son existence.
La violence a toujours son rôle à jouer, et est du reste présente dans tous les films du réalisateur. Parfois un peu voyeur, il n’en fait jamais l’apologie et se pose souvent la question de son utilité. Plus que jamais, dans La Chute Du faucon Noir, il illustre la stupidité de l’armée américaine qui se jette dans un piège au prix de nombreuses vies humaines, et pour un résultat quasiment nul. Et dans Mensonges d'Etat, il s'interroge sur le terrorisme et la manière musclée dont les Etats-Unis usent pour faire passer leur message dans le monde, sans regarder les dommages causés. Dans chacune de ses reconstitutions de films « historiques », il insiste souvent sur la bêtise de combats déjà perdus ou de combats inutiles, allant jusqu’à louer ce qui les évitent (voir le portrait très flatteur et très juste de Saladin dans Kingdom of Heaven).

Ses films jouent beaucoup sur leurs environnements, toujours travaillés avec soin. Les univers de Ridley Scott s’incarnent et son toujours une partie vivante de ses projets : Le Nostromo d’Alien, la ville de Mogadiscio dans la Chute du Faucon Noire, Rome (Gladiator) ont une caractérisation visuelle, dans l’atmosphère, qui les rendent marquants pour le spectateur.
Scott adapte à chaque occasion sa réalisation et sa photographie à ses décors : toujours à la recherche d’une composition picturale de ses plans, un élément très marqué dès son premier film Les Duellistes à la beauté captivante. On retrouve cette logique des scènes de vol en ville dans Blade Runner à l’imagerie bleue froide dans la neige française de Kingdom of Heaven, qui exploitent cet univers recréée de toute pièce pour immerger le spectateur.
D’où une certaine poésie, voir un lyrisme prononcé (parfois à l’extrême) dans son cinéma : comme dans les grandes épopées, l’immersion de personnages forts dans un contexte maîtrisé crée l’émotion, souvent appuyé par la réalisation elle-même, jamais avare de beaux plans ou d’effets pour souligner le drame, l’amour, la tragédie.
Résultat : Scott est habitué à redéfinir des codes. Avec Alien il a crée un genre, le film d’horreur spatial, qui a souvent été imité. Avec Blade Runner, il a mis en image le genre steampunk, genre laissé de côté jusque là au cinéma. Pour Gladiator, il provoque une renaissance du péplum que tout le monde croyait tombé en désuétude depuis trente ans. Et enfin, La Chute du Faucon Noire a non seulement mis des images sur la guerre moderne, mais il a également marqué durablement la perception visuelle des pays désertiques d’Afrique ou du Moyen-Orient dans le cinéma américain, la série TV, et le jeu vidéo.

Mais Ridley Scott est avant tout un homme de collaboration : il signe avec Robin des Bois son cinquième film avec Russell Crowe, le cinquième aussi avec le directeur de la photographie John Mathieson et le septième avec le monteur italien Pietro Scalia. Enfin, le compositeur Marc Streitenfeld collaborera à son neuvième projet commun avec le réalisateur anglais, lui qui travailla avec Hans Zimmer et Harry Gregson-Williams avant de devenir le compositeur attitré de ces derniers films depuis Une grande année.
Seul point noir dans ce tableau plein de qualités : Ridley Scott a un sacré sale caractère. De nombreuses histoires circulent au sujet du règne tyrannique du réalisateur sur les plateaux. Son dirigisme a pesé sur les équipes du tournage de Blade Runner où Harrison Ford ne cessait de se plaindre et dont les équipes devaient subir des conditions particulières (tournage en continu sous la pluie, tournage dans l’atelier du faiseur d’yeux par moins 15). Il s’est aussi de nombreuses fois frictionné avec ses producteurs et les studios, lui valant une réputation difficile auprès d’Hollywood. A son palmarès, on lui a retiré plusieurs versions personnelles des montages qu'il a réalisé (incluant entre autre Blade Runner ou Kingdom of Heaven). Il s'est aussi montré vindicatif contre cette politique, en expliquant par exemple en introduction de la version longue de Gladiator, face à l'écran : « This is not my director's cut » (Ce n'est pas mon montage final). Le tout avec l'air bourru et le regard méchant, que l'ont ne peut que prendre avec le sourire quand on connait le personnage. Ce n'est pas non plus un bon client de la presse, qu'il expédie souvent avec des répliques cinglantes. Caractériel, c'est aussi cette personnalité assumée qui fait de Ridley Scott un réalisateur un peu à part dans le paysage hollywoodien depuis trente ans.
Filmographie indicative :
1977 – Les Duellistes
1979 – Alien, le 8e Passager
1982 – Blade Runner
1985 – Legend
1987 - Traquée
1989 – Black Rain
1991 – Thelma et Louise
1992 – 1492 : Christophe Colomb
1996 – Lame de Fond
1997 – G.I. Jane
2000 - Gladiator
2001 – Hannibal
2001 – La Chute du Faucon Noir
2003 – Les Associés
2005 – Kingdom of Heaven
2006 – Une Grande Année
2007 – American Gangster
2008 – Mensonges d'Etat
2010 - Robin des Bois
Pour en savoir plus:
Une analyse intéressante de Blade Runner : L'analyse de Blade Runner.
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I N F O S :
Posté par : Kith
Catégorie : J4M
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