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Just4Movies - Robin des Bois
Robin des Bois
Fiche Technique
Titre :Robin des Bois
Genre : Aventure, Politique, Romance, Historique
Réalisateur : Ridley Scott
Scénariste(s) : Brian Helgeland, Ethan Reiff, Cyrus Voris
Bande Originale : Marc Streitenfeld
Durée : 2h20
Date de Production : 2009
Nationalité : Anglo-américain
Casting : Cliquez ici

Robin des Bois




Robin Longstride est maître archer dans l'armée du Richard Coeur de Lion partie en Croisade depuis dix ans. A quelques jours de cheval d'un retour au pays, le roi d'Angleterre assiège un château français afin de s'assurer un butin pour payer ses soldats. Malgré une victoire acquise, une flèche perdue tue le monarque, ce qui pousse Longstride et certains de ses camarades à déserter. C'est dans leur fuite qu'ils vont hériter d'une nouvelle mission : ramener la couronne de Richard à son frère, Jean, nouveau roi d'Angleterre.



Réaliser un film sur Robin des Bois n'est pas franchement une sinécure : l'image mythique du personnage fait partie intégrante de l'imaginaire du spectateur, y compris les collants verts et le statut de brigand de grand chemin. Aussi, quand Ridley Scott décide de dépoussiérer cette histoire, on peut s'attendre à ce qu'il brise les conventions. Mais le projet a une gestation difficile, en témoigne les trois scénaristes qui sont passés par là : des versions très différentes ont été évoquées ces dernières années, dont un film Nottingham jouant sur la dichotomie d'un Russell Crowe jouant à la fois le Sheriff de Nottingham et Robin, ou une version revisité où Robin (joué par Christian Bale) serait le méchant et le Shériff le gentilhomme (toujours joué par Russell).
On sait par plusieurs interviews que c'est R. Crowe qui est à l'origine du projet, et qu'il l'a proposé à Scott pour une cinquième collaboration. Les réécritures successives ont abouti à une histoire moins originale, même si elle ne traite pas d'un Robin des Bois mais d'un soldat amoureux, qui veut se montrer digne de ses pères face à un pouvoir anglais en déliquescence. On y retrouve en effet les lubies du réalisateur anglais, bien décidé à poursuivre les thématiques abordées dans Gladiator et largement mieux traitées dans la version longue de Kingdom of Heaven.
Mais comparé à ces deux films en costume précédents, le ton est plus décontracté, plus aventureux, moins volontiers épique peut-être, afin de toucher un public plus large. Un choix étrange, qui donne une demi-réussite à la vue du résultat.



Après quelques enluminures explicatives et une scène liminaire de Marianne, Robin des Bois débute véritablement avec le siège du château français de Châlus par les troupes du roi Richard. L'occasion d'introduire les nombreux personnages autour de Robin Longstride, archer du roi, entouré de Petit Jean (Kevin Durand), Will Scarlet (Scott Grimes, ancien d'Urgences) et Allan A'Dale (Alan Doyle), ses futurs compagnons. Dans cette première demi-heure, Scott se permet d'abord une digression sur le personnage de Richard Cœur de Lion.
Vous vous souvenez du roi Richard, toujours montré dans le cinéma Hollywoodien comme un grand homme ? Vous avez peut-être l'image du dessin animé Disney en tête ? Eh bien Danny Huston compose un Cœur de Lion éteint, mirage fatigué qui a échoué dans sa croisade et perdu son honneur. Impressionnant de charisme, car il reste ce roi valeureux au combat, Huston est une ombre, qui a perdu tout ce qu'il lui restait : son prestige. Il en est réduit à piller un petit château français pour ne pas rentrer bredouille au pays. Le pire, c'est qu'il en est conscient. Cette amorce pourrait en fait suivre directement la conclusion de Kingdom of Heaven sur la Croisade et la déception et le malheur qu'elle a engendré, ainsi que sur le poids de la couronne royale pour des êtres de chair et de sang.
A dessein, le réalisateur anglais introduit ici l'un des thèmes centraux de Robin des Bois : la faillite des pouvoirs. Richard n'est plus l'homme qui a gouverné avec intelligence l'Angleterre dix ans auparavant, il est désormais celui qui a affamé son peuple pour une Croisade déçue et qui ne semble pas pressé de rentrer. Il accueille sa propre mort avec soulagement, tant il l'aura bravé en première ligne avec ses hommes jusqu'à hériter d'une flèche perdue. Indigne fin pour un souverain entré dans la légende.
Dans la suite du film, les souverains seront montrés comme des individus égoïstes, avides de conserver leur privilèges, et qui oublient surtout le principal : qu'ils ont un pays à gouverner. Le Roi Jean (Oscar Isaac) personnifie cette image néfaste, pathétique menteur sans honneur. Mais le roi de France Philippe n'est guère plus reluisant, lui qui provoque une guerre avec l'Angleterre pour des motifs poussif. Tous les gouvernants semblent touchés : l'évêque d'York semble prêt à laisser mourir les paysans ; protecteur de Nottingham, le bienveillant Sheriff (Matthew MacFadyen) cherche surtout à s'en mettre plein les poches... et à coucher avec Marianne Loxley.

C'est ce laxisme général qui va permettre au méchant de notre histoire, Godfrey (Mark Strong), un proche de Jean, de semer la terreur dans toute la campagne anglaise.
Tous les gouvernants, ai-je dit ? Non, pas tous. Deux personnages montrent par leur habileté qu'il reste encore de vrais serviteurs de l'état, que l'on ferait mieux d'écouter avec attention : il y a d'abord Aliénor d'Aquitaine (Eileen Atkins), mère des deux souverains anglais, qui cherche à faire entendre raison à Jean. Elle représente la sagesse et le pragmatisme perdu face à l'inconséquence des politiques. William Marshal (William Hurt) est lui le vieux briscard de la politique, ancien chancelier de la couronne, qui est également un fier guerrier et un homme écouté. Hurt représente ici le vrai serviteur de la Couronne, celui qui ne travaille pas pour ses intérêts personnels mais pour le bien du pays. Il occupe un rôle similaire à celui de Tiberias/Jeremy Irons dans Kingdom of Heaven : celui du pragmatique, dévoué à sa tâche, mais pas à tout prix.
Arrivé là, on peut se dire que Robin des Bois ne parle pas de notre flamboyant archer, bandit de grand chemin. Et c'est vrai : Scott se désintéresse totalement de ça, au profit d'autre chose.



Robin Longstride est joué par Russell Crowe, cela n'aura échappé à personne. Je pense sincèrement que ce qui intéresse Ridley Scott chez l'acteur, du moins dans ses films en costume, c'est son jeu sans parole. Il est là, massif, un roc qui parle peu et agit, laissant aux autres le soin de discuter pour aller droit au but. Voilà pourquoi il est parfait en Maximus des Bois : il est direct et mortel comme ses flèches. Mais on ne peut occulter le rapport évident entre Maximus et Robin, car le soin apporté à lui donner une allure similaire ne peut être une coïncidence.
A partir de là, le voir se comporter en valeureux guerrier, le voir passer à cheval derrière les archers, mener la charge, on trouve cela presque normal. Il est fait pour ça, et sûrement pas pour se balader en collant vert avec un grand sourire aux lèvres. C'est paradoxal d'ailleurs, car le film distille un humour bienvenue à de nombreuses reprises, le rendant plus léger qu'à l'habitude dans les films « sérieux » de Ridley. Cela se remarque aussi par la musique, omniprésente grâce au barde Allan qui interprète diverses chansons égayant le quotidien de ses camarades.
Fêtard, guerrier, archer de combat, amoureux de sa belle Marianne, c'est ainsi que l'on pourrait définir ce Robin. Le couple Russell Crowe/Cate Blanchett fonctionne parfaitement et Scott n'en fait pas trop avec eux, bien au contraire. Ce romantisme est assez inédit chez lui dans ses films récents, tant il traite avec légèreté de cet amour comparé à celui des couples tragiques Balian/Sibylle ou Maximus/Lucilla.
Et Robin des Bois dans tout ça ? On l'évoque pour petite touche, d'abord avec les enfants de la forêt dans une très belle première scène d'ouverture. Plus nettement ensuite quand, la tête couverte et l'arc à la main, Robin braque un convoi de grain avec l'aide de ses acolytes. Sur les dernières images, Scott se permet une référence au film de Richard Curtis, avec Erol Flynn (1938) lorsqu'une flèche vient se planter dans le mandat délivré par le Sheriff de Nottingham contre Robin et les siens. Voilà, c'est tout...



Alors, qu'est-ce que Scott peut bien raconter sur ce personnage repris à toutes les sauces par de nombreux supports ? Il va inventer en fait son Robin, lui réécrire un passé et une vie. Et comme d'habitude chez l'Anglais, tout découle de la relation au père et à son héritage. Cette fois, elle sera double pour Robin des Bois.
Rentrant au pays pour ramener la précieuse couronne d'Angleterre au nouveau roi, Robin se fait passer pour Robert Loxley, un noble proche de Richard. Il a promis de rendre l'épée du chevalier défunt au père de celui-ci. Une dette scellée dans le sang que Robin va honorer. Il y a une inscription sur le pommeau de cette épée qui dit : « Rise and rise again, until lambs become lions ». Elle va devenir le leitmotiv du film, et la motivation de Robin. Pourquoi ? Ridley Scott va passer beaucoup de temps à nous raconter l'histoire de cette citation.
Sir Walter Loxley (Max Von Sydow) est un vieil homme aveugle qui peine à se déplacer. C'est le père de Robert, et il est touché par le geste noble de Robin, qui lui rend l'épée en main propre. Accablé par les taxes, sir Walter ne veut pas perdre ses terres et propose un pari fou à Robin : il reste et se fait passer pour son fils afin de protéger la maison Loxley, et en échange Walter lui racontera l'histoire de cette épée qui lui rappelle des souvenirs enfouis jusque là.
Le personnage de Robin endosse un autre nom, et cherche pendant une bonne partie du film qui il est, d'où peut-être la présentation de ce Robin des Bois comme une genèse. De retour de la guerre, qu'est-ce qui attend cet homme sans famille au pays ? Il va alors se découvrir un but, trouver l'amour, et s'offrir le plus beau des combats.

En effet, le spectateur va découvrir dans le film que le père de Robin était le promoteur d'une première version de la Grande Charte (signée en réalité en 1215 par...le roi Jean) offrant la liberté individuelle à ses sujets. Pour avoir imaginé un tel document, Papa Longstride a été décapité. Et Robin était présent, mais a enfoui ce souvenir dans sa mémoire. Voilà qui va le motiver à reprendre le combat de son père : défendre la liberté.
Comme on découvre ce souvenir, on voit Robin et Sir Walter se rapprocher. J'ai beaucoup d'affection pour Max von Sydow dans ce film – comme à chaque fois qu'il est dans cette situation, par exemple dans Le Scaphandre et le Papillon, car il met en avant sa fragilité de vieillard avec une retenue qui m'épate. Bourru, il n'en devient pas moins attachant et son assassinat ne fait que renforcer cet affect du spectateur pour le personnage.
Voilà donc la genèse du personnage de Robin, qui va faire de lui le futur brigand qui volera aux riches pour donner aux pauvres. On appréciera là encore que malgré le poids de l'héritage, le film évite le drame shakespearien dans lequel tombait les précédents Scott. Cette concession grand public a au moins le mérite de renouveler l'approche du héros tragique chez le réalisateur de Blade Runner. D'autant que le méchant Godfrey/Mark Strong se montre certes très méchant, mais pour une fois il se révèle aussi meilleur que le héros (il le bat à l'épée assez facilement) et, surprise, ne meurt pas à la fin – du moins, tout laisse à croire qu'il reviendra. Un adversaire correct pour Robin en tout cas.



Arrivé à ce stade de la fiche, vous vous dites que Robin des Bois a beaucoup à dire, aborde beaucoup de thèmes. C'est vrai, mais c'est aussi son principal défaut. Est-ce un film politique, un film de guerre, un Robin des Bois, un film à caution historique, un film épique, un film d'aventure, un film de Ridley Scott ? C'est malheureusement tout ça à la fois, et le réalisateur ne semble pas privilégier un point par rapport à un autre. On en ressort frustré, comme pour Kingdom of Heaven, d'avoir l'impression de rater une partie de l'histoire qui nous échappe. On la devine, mais il manque trop d'éléments pour demander au spectateur de faire le lien seul.
Voilà une série de questions qu'on se pose dès la fin du film : Quel est l'utilité des enfants de la forêt, pourtant la première chose introduite dans Robin des Bois ? Quel est le rôle exact d'Isabelle (Léa Seydoux), la nièce du roi Philippe, présentée tantôt comme une garce, tantôt comme une reine ? Quel est le cheminement qui pousse Jean à abandonner son idée d'écraser la rébellion des nobles ? Pourquoi William Marshal ne se rend jamais à Nottingham après que Scott ai fortement appuyé la précision qu'il allait se déplacer en personne ? Certes, toutes ces questions sont des détails, mais expliqueraient avec plus de liant l'enchainement des scènes de la deuxième partie du film, qui souffre d'ellipses assez dommageables.
De fait, la deuxième partie de Robin des Bois a un rythme bâtard, qui n'est pas sans rappeler celui de Gladiator. A trop vouloir en dire, Scott n'en dit pas assez et les scènes s'enchainent avec un manque de liant. Le final, expédié et injustifié, a de quoi énerver : Robin est proclamé « Robin des Bois, hors la loi » en trente secondes, alors qu'il a du passer cinq minutes dans Sherwood montre en main. Que s'est-il passé entre la victoire sur les français et cette proclamation ? Allez savoir.



Bien sûr, on pourrait parler de l'incohérence des choix historiques, de la musique qui oscille entre thématique réussie et tapisserie oubliable de la part de Marc Streitenfeld, ou de ces anachronismes qui choqueront par leur in-intérêt - . De toute façon, la critique cinéma s'en fait déjà largement l'écho. Ridley Scott reste égal à lui-même, soignant sa réalisation (avec une superbe photo printanière, ma foi), le choix de ses cadres, la beauté et le lyrisme de ses séquences. Là encore, c'est peut-être moins engagé et jusqu'au boutiste que ses derniers projets, mais cela rentre parfaitement dans la volonté de créer une nouvelle franchise accessible. Là n'est pas la problème.
Résultat, il faut s'attendre à voir débarquer une director's cut qui se justifierait et amènerait sans doute Robin des Bois parmi les meilleurs films de son réalisateur, en ré-équilibrant le film et en lui donnant plus de liant.



En l'état, Robin des Bois remplit tout à fait ses objectifs, mais frustre le spectateur qui veut regarder au delà du joli verni. Cette nouvelle collaboration du duo Scott/Crowe renvoie à beaucoup de leurs projets communs, y apportant le regard du réalisateur qui entend comme à son habitude dénoncer les travers actuels de nos sociétés avec des exemples pseudo-historiques. Cette version grand public a l'intérêt de dépoussiérer l'imagerie traditionnelle de la légende, mais me laisse sur sa fin quand à son incapacité à pousser ses réflexions – intéressantes – plus loin.

Fiche rédigée par Kith



En savoir plus :
Bande Annonce : BA Robin des Bois
Bande Originale : BO Robin des Bois
IMDB : Fiche IMDB Robin des Bois
Site officiel : Site Off Robin des Bois

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